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28 septembre 2012 5 28 /09 /septembre /2012 03:02
Interview de Ill à laquelle j'ai participé pour l'Abcdr
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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 00:54

 

Retrouvez mon interview d'Hifi sur l'Abcdr du Son

 

 

 

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1 octobre 2011 6 01 /10 /octobre /2011 18:46

 

Fruit de la terre promise des MC's, il aura distillé quelques bombes avant de, peu à peu, cogiter sur le plan à suivre. Le sablier a fait son oeuvre mais Cassidy, homme de l'ombre, soleil en ligne de mire, n'est pas de ceux cédant à l'épreuve du temps. 

De la première attaque aux prochains faits d'armes... 

Entretien avec un X.Men. Rappeur d'instants. Rappeur d'instinct. 

 

 

 cassidy photo itw 0

 

 

Diamantaire : Tu prépares actuellement ton premier album solo. Pourquoi si tard ?

 

Cassidy : Si tard peut-être par rapport à l'attente du public mais, pour moi, ça tombe au moment opportun dans le sens où Menilcity c'était vraiment histoire de me présenter pour ceux qui ne me connaissaient pas parce que du temps est passé depuis l'album X.Men. Donc, je me suis dit qu'il fallait préparer le terrain avec des street-albums, à savoir prendre des morceaux déjà sortis qui pour moi n'avaient pas eu de visibilité équivalente à ce que je voulais et rajouter quelques inédits. Le deuxième volume était un peu dans le même principe sachant que je me rapprochais vraiment de l'album. Et c'est vrai que ça a mis pas mal de temps et que ça paraît tard mais pour moi, ça tombe pile-poil au bon moment parce que ça me permet en même temps de monter ma structure. J'ai fait les rencontres qui me permettent d'arriver à un album qui sera carré et conséquent.

 

 

D : J'ai cru comprendre que tu souhaitais "ouvrir" un peu ta musique... Est-ce une façon de retrouver le succès de tes débuts ?

 

Cassidy : C'est surtout un choix de coeur. Même si, entre temps, il y a eu plein de choses en musique, le Dirty South etc, là, j'arrive à un âge où je me suis demandé : "Ouais mais qu'est-ce que j'aime vraiment dans la musique ?". Et je me suis repenché sur ce qu'on a fait au début, à savoir qu'on est de l'école du sample, des beats un peu minimalistes qui laissent de la place à la voix. C'est une manière de retrouver mon public et d'en conquérir un autre. Mais quand je dis "ouvrir", c'est pas tant au niveau des lyrics et de la musique, c'est surtout au niveau de la structure. C'est-à-dire que les projets que je faisais avant, les street-albums, ne sortaient pas du réseau confidentiel. C'était une gestion au feeling, l'album qui arrive est plus médité que les autres projets, à savoir que je pense vraiment à la promotion en amont, pendant et après le projet. Monter mon site internet... Voilà, tout ce qui va normalement avec la sortie d'un projet, pour qu'il soit entendu et vu par le plus grand nombre.

 

 

D : A l'époque de Jeunes, Coupables et Libres, vous ne vous occupiez pas du tout de la promo ?

 

Cassidy : Bah tu sais à l'époque, signature en maison de disques... On n'avait rien à faire si ce n'est s'occuper de notre musique. Donc, forcément, ça a eu de l'impact et de la visibilité parce que c'était le boulot de la maison de disques. Les tâches étaient bien réparties. Là, on va arriver à un truc un peu similaire avec mon album. Moi, je vais me concentrer sur l'artistique et un peu aussi sur l'administratif vu que je suis en train de monter ma boîte mais chacun sera à son poste pour que l'album puisse avoir une bonne visibilité.

 

 

D : D'un autre côté, Universal n'avait pas forcément bien géré son rôle, puisqu'il n'y avait pas eu de clip par exemple... 

 

Cassidy : Ca, ça été plein de petits aléas. Le lancement s'est super bien passé, on avait des affichages dans le métro, au niveau des portes, des tourniquets... A Virgin, on avait un grand encart avec la pancarte des X.Men... Bref, toute une promotion qui était carrée. Et en fait, il y a eu un désaccord concernant le titre à sortir en clip. Ce qui va te paraître bizarre, c'est, qu'à l'époque, eux voulaient sortir One One One et nous Bla Bla Bla. Et les maisons de disques, quand ils refusent un truc, ils ne te le disent jamais de manière frontale, ils font traîner et, au bout d'un moment, ça passe à la trappe parce qu'on est sur autre chose... Ca a été un truc à la con mais ça c'est réellement passé comme ça.

 

 

D : L'album avec les Ghetto Diplomats était sorti sur quel structure ? C'était de façon indépendante ?

 

Cassidy : C'était indépendant mais signé dans une structure "semi-major". C'était 357 Music, qui avait pas mal de moyens en terme de communication. Mais c'est vrai que c'était du semi-indépendant, on n'a pas fait une énorme promotion. C'est là où je ne vais pas reproduire certaines erreurs du passé : sortir un projet, avoir pris du temps dessus et puis, une fois que le produit est sorti, négliger un peu la promotion...

 

 

D : Vous faîtes partie d'une génération de rappeurs qui ont percé très jeunes... Aujourd'hui, la plupart des artistes arrivent à maturité assez tard, comment tu expliques ça ?

 

Cassidy : Le marché n'était pas le même. Il y avait beaucoup moins d'artistes qui sortaient. Les moyens de comm' n'étaient pas les mêmes, c'était beaucoup de bouche à oreille. On est arrivé à l'époque tels deux ados aimant le son, on ne s'est pas forcément posé de questions. On a commencé à faire un premier morceau qui était J'Attaque du Mike, sans penser à la suite et ce morceau a été une amorce au reste. On a eu des sollicitations pour des compilations et on a livré au fur et à mesure les morceaux. Donc on n'avait pas forcément un plan de carrière établi. C'était : "On balance nos sons et, après, on voit ce qui se passe". Et puis Time Bomb nous a "coaché", on a rencontré les Lunatic à l'époque et toute la clique Time Bomb. Ca nous a donné une énergie sur le moment, on faisait pas mal de scène... Mais c'est vrai qu'il n'y a pas forcément eu de délire de structure tout de suite entre nous. Ce n'est que quelques années après qu'on s'est rendu compte de ce qui s'était passé. On a tilté qu'on avait traversé un truc qui était assez faramineux quand même. 

 

 

D : Est-ce que ça ne vous a justement pas nui de ne pas "penser carrière" ?

 

Cassidy : J'ai envie de te dire oui parce que, peut-être qu'aujourd'hui, on n'en serait pas là au niveau des ventes et même de la visibilité. Mais dans toute expérience, on apprend des choses. Même si on a fait quelques erreurs, je pense que ça nous a appris car, comme tu le dis, on a découvert ce business assez tôt, on a eu le temps de le voir évoluer. C'est-à-dire que de 95 à aujourd'hui, il s'est passé des tas de choses : l'arrivée du net, des moyens de communications etc. L'essentiel, pour ma part, c'était de rester connecté. Je me suis tout simplement adapté.

 

 

D : Tu peux nous raconter l'épisode de la Fnac des Ternes ?

 

Cassidy : Bah voilà, on était sollicité pour faire un show-case à la Fnac, pas plus d'informations, on savait juste qu'on allait jouer nos morceaux classiques -je ne sais plus si Retour aux Pyramides était sorti à l'époque- dont Pendez-les. A l'époque, on n'avait pas de voiture. Donc on est sorti du métro Ternes, et, déjà, dès la sortie du métro, on voyait une sorte de cohue en direction de la Fnac. On s'est regardé avec Ill et on s'est dit : "ouais, ya un truc qui se passe". Donc on arrive dans la rue de la Fnac, bondé de monde, on monte à l'étage, on voit que les trucs sont archi-complets, On se pose un peu dans les loges. Apparemment, le concert ne va pas être possible, trop de monde par rapport à la salle. Et au moment où Ali est parti sur scène pour annoncer que le concert n'allait pas avoir lieu, ça a commencé à pousser, la vitre est tombée et voilà, c'est parti en couilles... Ca a commencé à chaparder dans tous les sens... Je pense que les organisateurs ont été dépassés par la taille de l'évènement, tout simplement.

 

 

D : Et, à l'époque, vous ne vous rendiez pas encore compte de l'impact que vous aviez...

 

Cassidy : Je pense qu'on s'en est rendu compte là. Et ça été un moment charnière. Parce que suite à ça, on s'est retrouvé tous à la barraque chez Gilles, en se disant qu'il y avait un truc qui s'était passé : "on a une grosse influence mais ça suit pas derrière". Donc on a commencé à se poser des questions... Et je peux te dire que Time Bomb s'est presque dissout à ce moment-là. Parce qu'on a réalisé qu'il se passait des choses.

 

 

D : Vous pensiez que la structure n'était pas assez solide ?

 

Cassidy : A l'époque, on pensait clairement qu'on s'était fait carotte quoi. Les chiffres étaient flous ou, sinon, il n'y en avait pas du tout. On avait fait voir ça à des avocats qui nous ont dit : "C'est un contrat qui vous lie mais sans aucun avantage pour vous et beaucoup pour les producteurs". On a tout simplement décidé de rompre ce contrat et chacun a un peu fait sa vie. Sachant qu'on est quand même resté tous en contact à ce moment-là, mais des choix devaient être fait. Oxmo est resté avec Time Bomb, et ce qui est de Lunatic, X.Men, Pit Baccardi et les autres, on s'est mis à l'écart de tout ça.

 

 

D : Concernant Jeunes, Coupables et Libres, la collaboration avec Geraldo s'est faîte naturellement ?

 

Cassidy : Bah tu sais, on était une équipe très soudée, à savoir qu'on était très régulièrement ensemble. Les beatmakers attitrés de l'époque, c'étaient Géraldo, Kessey et Chris, qui faisait lui aussi des instru. Et au moment où il y a eu la césure Time Bomb, on est resté avec Geraldo et lui a justement commencé à démarcher les maisons de disques. Et c'est là que l'aventure Universal a commencé, on a signé chez eux sans aucune maquette. Il nous ont signés grâce à notre réputation, à nos morceaux d'avant. On s'est lancé dans l'aventure comme des jeunes qui découvraient le business parce qu'on était la première signature française en rap chez Universal. On a découvert un univers qu'on ne connaissait pas, on nous appelait des taxis pour aller en studio alors que, nous, on se déplaçait toujours en transports en commun et ça nous allait très bien. Pleins de petits trucs comme ça, des moyens pour faire notre musique... Mais je te dirais que l'expérience ne s'est pas si bien passé que ça parce qu'on était un petit peu tête brûlée, on ne voulait faire aucune concession. Et on a commencé à sentir de petites indications sur nos écritures... Nos poils se sont hérissés et, du coup, ça a un petit peu accroché.

 

 

D : Il paraît que l'album a été écrit en 3 semaines...

 

Cassidy : C'est vrai mais ce n'était pas forcément voulu. On faisait tout à l'instinct -comme Retour aux Pyramides qu'on a écrit sur place- et pour l'album, on s'est dit qu'on allait faire la même chose. On avait trois semaines de studio louées par la maison de disques donc on a fait l'album en trois semaines. On arrivait le matin, on ne savait pas ce qui allait se passer dans la journée. On écoutait les productions de Géraldo, on faisait : "Bon, on va prendre celle-là" et, aussitôt, on se mettait en écriture. Et parfois, c'était fait dans la douleur... Fallait pondre un morceau à la fin de la journée. Donc il y a eu des périodes de stress mais, en même temps, ça reste une très bonne expérience parce que, maintenant, en terme de délai ou d'écriture en studio, ça n'est plus un souci.

 

 

D : Il y avait eu un accueil assez mitigé du public... Tu penses que cette précipitation dans la réalisation a nui à la qualité de l'album ?

 

Cassidy : Je ne pense pas, honnêtement. Quand on dit "score mitigé", nous, les chiffres qu'on a eu de la maison de diques à l'époque, au début du lancement, étaient d'à peu près 60 000. Alors qu'on n'avait pas fait de promo, mis à part l'affichage dans le métro, tout ce qui était presse/magazines... Pour la maison de disques, en effet, c'était plutôt un échec parce qu'on visait clairement les 100 000, ce qui était atteignable. Mais voilà, par rapport à l'histoire des clips qui n'ont pas été faits... 

Après, oui, peut-être qu'il y a quelques défauts mais, pour moi, ça fait justement partie de l'écriture instinctive. Si les gens se repenchent sur cet album, ils auront exactement ce qui se passait à l'époque. Il n'y avait pas le temps de réflexion, de tricher sur quoi que ce soit. Ce qui est écrit dans l'album, c'est des choses qui se sont passées, qu'on a vues ou vécues. Ca reste réel.

 

 

D : Il y a un morceau que j'aime particulièrement sur cet album et qui est, à mon goût, trop souvent oublié lorsqu'il s'agit de citer vos morceaux marquants, c'est Oublie le Come Back...

 

Cassidy : C'est la même. Il fait partie de mes morceaux préférés de l'album. Même dans le sens où il a une histoire un peu particulière ce morceau. Au moment où je l'enregistrais, j'ai perdu ma cousine... On avait commencé dans un thème, ça a continué dans ce thème là... C'est un peu un hommage à tout ça. J'ai été énormément affecté par la disparition de ma cousine et, quand je lis entre les lignes du morceau, ça se ressent. Dans la façon de dire les choses et même dans ce que je dis. Ca a été un moment particulier, j'ai appris ça en studio et je n'ai pas voulu qu'on arrête les séances, on a juste fait une pause d'une semaine pour que je puisse régler tout ce qui va avec les aléas d'un décès. Ca reste mon morceau fétiche, j'ai envie de te dire. De par le sample, aussi, qui donne une certaine atmosphère. Même, pour moi, le message est fort parce qu'on s'est dit : "Est-ce qu'on ne le regrettera pas un jour ?". Et je sais que ça nous a longtemps bloqué. Mais on n'est jamais parti. C'est un morceau que je reboosterais volontiers.

 

 

D : Ensuite, il y a eu l'album avec les Ghetto Diplomats, puis la signature de Ill chez 45 Scientific... Pourquoi ne pas l'avoir suivi ?

 

Cassidy : L'empreinte de 45 Scientific à l'époque où Ill a signé, c'était un truc assez minimaliste dans le sens des productions qu'ils voulaient absolument exploiter. Et, moi, déjà à cette époque, j'étais dans la démarche d'ouvrir ma musique, sachant qu'on a commencé avec des morceaux comme J'Attaque du Mike où on chantait sur les refrains. Et ça ne correspondait pas forcément à l'image de 45. Même, je pensais vraiment que la meilleure chose pour moi, c'était de rester indépendant, de continuer à travailler mon écriture, à bouger à droite à gauche rencontrer des personnes, plutôt que de me mettre dans cette structure. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir fait la tournée 45 avec eux pendant un moment. Voilà, on était en très bon termes mais je ne voulais pas de signature sur leur label. C'était une volonté artistique.

 

 

D : D'ailleurs, la signature de Ill n'a pas donné grand-chose...

 

Cassidy : Je m'attendais un petit peu à tout ça, dans le sens où 45 Scientific avait été créé exclusivement pour Lunatic à la base. Donc je me suis dit : "Est-ce qu'ils vont être assez concentrés pour gérer à la fois Lunatic et d'autres artistes ?". Et l'autre artiste, c'est Ill, on ne parle pas de n'importe qui... Au début, quand j'ai vu le travail qui avait été effectué dessus, j'ai trouvé ça pas mal, avec un maxi qui s'appelait Pacman. Mais je trouvais que la suite prenait énormément de temps, ça manquait un peu de réactivité. Ca m'a conforté dans mon choix.

 

 

D : Vous aviez de bonnes relations avec Lunatic à l'époque Time Bomb ?

 

Cassidy : Ouais.

 

 

D : Pourquoi n'avoir jamais fait un vrai morceau ensemble ?

 

Cassidy : Bah en fait, quand je me retourne, je me dis que tout ça s'est passé sur une période assez courte. Je pense que si on avait eu une année de plus, on l'aurait fait ce morceau. Parce qu'on était très souvent en studio ensemble, on écrivait les morceaux ensemble... On a même commencé à gratter des trucs en communs mais ça n'a jamais pu voir le jour parce que, justement, il s'est passé ce qui s'est passé avec Time Bomb. Mais on avait de très bonnes affinités, on a même pensé à un album commun à un moment donné... Mais voilà, tout ça a été super vite.

 

 

 

Cassidy photo3

 

 

 

D : On a souvent loué les qualités techniques des X.Men, au point de négliger parfois votre talent d'écriture...  On en parlait avec quelqu'un récemment et on s'est fait cette réflexion : "Les X.Men ne disent pas, ils suggèrent".

 

Cassidy : Conscient ou inconscient, je ne pourrais pas te dire. Mais je crois qu'on a amené ça en fait. Ce côté métaphore, tout dans le sous-entendu. Je pense que c'est, en même temps, lié à notre environnement, la manière dont on a grandi, la musique qu'on a écoutée aussi. Le rap n'était pas ce qu'il était aujourd'hui donc on écoutait vraiment de tout. Et je pense que ça s'est ressenti dans notre musique. En voulant amener de la musicalité, on avait forcément des contraintes de mots et de choix de mots. Ce petit mélange a contribué à donner la touch X.Men. Mais ça n'était pas conscient à se dire : "Ouais, on va tout faire dans le sous-entendu". C'était la manière de communiquer. 

 

 

D : Comme le morceau Retour aux Pyramides, modèle d'écriture instinctive...

 

Cassidy : Carrement parce que Retour aux Pyramides, on a eu l'instru quelque temps avant, on a eu le temps de l'écouter et de se mettre dans l'ambiance. Et en fait, à la base, on avait écrit sur le morceau où KRS-One a posé. On a commencé à écrire un couplet, deux couplets... Et on s'est dit : "Nan, ça va pas". Donc les mecs de Cercle Rouge nous ont renvoyé l'autre instru, la fameuse, celle de Retour aux Pyramides. On s'est dit : "On la laisse de côté et le jour où on va en studio, on se met dessus et on gratte sur place". On arrive, l'équipe de beatmakers a fait tourné le beat, on s'est posé, on a commencé à écrire, sans vraiment savoir où ça allait partir. Mais vraiment ! Quand je dis "Préparé au Big Bang", ça part de là et la suite découle d'elle-même et ça, tout le long du morceau. 

Après, c'est avec le retour qu'on s'est dit qu'on avait fait quelque chose de particulier. Mais, même nous, en sortant du studio, on n'était pas à se dire qu'on avait fait un classique ou un truc de malade. C'était un morceau parmi tant d'autres. Comme quoi, une fois que tu as fini un morceau, il ne t'appartient plus.

 

 

D : Récemment, je lisais une vieille interview d'Oxmo. Il évoquait notamment le fait que les X.Men étaient considérés comme le groupe phare de Time Bomb et que les meilleurs instrus vous étaient réservés...

 

Cassidy : Bah le truc, c'est qu'on a été les premiers à arriver chez Time Bomb en fait. La rencontre avec Mars et Kessey s'est faîte à Porte de Vanves, au coin de la rue. Moi, j'étais encore à l'école... On avait été présenté à l'époque par Juan Marco, celui qui a fait le morceau "Elles sont toutes les mêmes". Donc on s'est rencontré avec Mars et Kessey et puis, aussitôt, on est parti en studio pour enregistrer J'Attaque du Mike et composer le beat. Donc, forcément, on avait peut-être une relation privilégiée. Au niveau des instrus, dès qu'il y avait des trucs qui sortaient, on était les premiers à les écouter. Et puis, après, on faisait écouter aux autres. C'est vrai qu'on avait une position de choix de par notre arrivée dans le label en fait.

 

 

D : Il me semble avoir lu quelque part que vous faisiez partie d'un groupe au collège/lycée mais que les autres membres ne vous trouvaient pas assez bons...

 

Cassidy : Ouais, exact. Ca, ça remonte vraiment à super loin, au tout début de la musique. Moi, j'ai commencé par la danse et le mec qui m'a amené à la musique dansait avec moi. Il m'a présenté des personnes... J'ai commencé à tilté, je dansais mais j'avais aussi envie de dire des choses. Au début, on faisait les backs pour un groupe puis on s'est mis à écrire quelques textes mais, en effet, ils trouvaient ça un peu trop excentrique, pas assez bien. Ce qui est possible, je ne vais pas te dire qu'on déchirait dès le début... Mais je pense que ça nous a motivé parce que, du coup, on était persuadé de notre "talent", qu'on avait des choses à dire, d'une manière qu'on n'entendait pas ailleurs. 

 

 

D : Tu sais ce qu'ils sont devenus ?

 

Cassidy : Non, je n'ai plus aucun souvenir. Enfin, il y avait un mec avec qui je bossais, mais qui ne faisait pas partie de ceux qui pensaient qu'on écrivait mal, c'est James Delleck. Lui, c'est une des premières personnes qui m'a montré les machines, comment faire des beats... Ouais, je pense qu'un des points de départ, c'était avec James Delleck.

 

 

D : Lors d'une précédente interview, nous avions un peu parlé de Time Bomb avec Nikkfurie. Sans avoir été particulièrement fan, il notait que vous faisiez partie des mecs qui, non seulement, écoutaient mais, surtout, comprenaient le bon rap américain, notamment les techniques d'écriture... Quelles étaient vos influences à l'époque ?

 

Cassidy : Les influences du groupe, c'était clairement Boot Camp Clik : Smif-N-Wessun et tout ça. Biggie, Capone N Noreaga... Mais je pense que ceux qui nous ont le plus marqué, qu'on a écouté en boucle au moment de tous ces projets-là, c'est vraiment Smif-N-Wessun. En plus, ils étaient deux donc, voilà, Ill et moi, on se reconnaissait dans ce qu'ils faisaient. Les mecs qui bédavent tous le temps, qui faisaient du sport... Les valeurs qu'ils transmettaient dans les morceaux nous parraissaient communes. Il y a eu Jay-Z aussi entre-temps...

Ca a été un gros avantage à l'époque de comprendre parfaitement l'anglais parce que, justement, on a pu adapter ça un peu à notre sauce. Ill avait la grosse faculté de traduire les morceaux en simultané. C'est-à-dire qu'il y avait un morceau qui passait et il te faisait la traduction en français, même vitesse, même flow... Tout ça, je pense que ça nous a beaucoup servi et appris. Pour retranscrire ça à la française avec une certaine finesse. Sans non plus faire du copier/coller parce qu'il y a d'autres personnes qui à l'époque écoutaient du cainri et ne faisaient que de la traduction... Nous, c'était pas notre but, on a notre vie et nos expériences. Nous, c'était juste dans la manière et l'angle pour amener les choses.

 

 

D : Un registre dans lequel vous avez brillé et qui se perd pas mal aujourd'hui, c'est le freestyle. Les rappeurs se contentant souvent de rapper les morceaux de l'album dont ils font la promotion. A l'époque, on a la sensation qu'un freestyle, c'était quasiment un morceau inédit...

 

Cassidy : Nous, je vais te dire qu'en fait, on n'avait pas le choix parce qu'à l'époque de Générations, on n'avait pas d'album. Donc on allait à la radio mais on ne voulait pas arriver les mains dans les poches... Soit on improvisait sur place, soit on avait le texte qu'on avait écrit dans le train. Donc, voilà, on livrait à chaque fois un truc nouveau, qui était le truc de la journée... Aujourd'hui, c'est vrai que les artistes, quand ils vont en radio, ils ont derrière eux des albums, ils peuvent se reposer là-dessus. Donc c'est vrai que ça se perd un petit peu... Pour moi, quand tu vas à la radio, l'essentiel, c'est de décrire ton humeur du moment. L'album, on sait que tu vas le sortir, on écoutera tes morceaux mais c'est important de pouvoir livrer ton ressenti du jour.

 

 

cassidy photo itw

 

 

D : Un morceau que je trouve très intéressant, c'est votre collaboration avec la Fonky Family (Maintenant ou Jamais). Vous aviez un style assez différent dans l'écriture. La FF a toujours été un peu brute de décoffrage et vous, vous étiez dans une sorte de mystique... C'est très perceptible sur ce morceau...

 

Cassidy : C'est marrant ce que tu dis parce que je pense qu'à l'époque, on n'en avait pas forcément conscience. C'est-à-dire que ce morceau-là, quand il est sorti, on s'est dit : "Il y a un truc mystique qui s'est passé". Parce que eux sont à fond dans la description pure et dure, on ne va pas dire la galère mais des coups durs de la vie. Et nous, on est rentré dans ce même système-là mais avec plus de mysticisme. "J'enfante la haine dans la douleur comme pour une césarienne". On a vraiment cherché à accentuer nos traits, pour que la différence se fasse bien entre leur écriture et la nôtre. Et je pense que ça a plutôt bien marché. Et pareil, c'était un morceau qui a été écrit sur place. On a écrit une partie dans l'avion avec Ill et on s'est posé au studio de la FF, on a bédave comme des porcs toute l'après-midi et, voilà, en fin d'après-midi, on a commencé à enregistrer le morceau et ça a donné ça.

 

 

D : Il me semble que Kheops et Akhenaton appréciaient beaucoup ce que vous faisiez à l'époque...

 

Cassidy : Ca a été une sacré expérience dans le sens où, nous, quand on a commencé, on écoutait IAM, NTM et tout ça. Quand on est arrivé dans ce game et qu'on a vu justement que ces personnes appréciaient notre musique, c'est à ce moment-là qu'on les a cotoyés. Ca a commencé par une invitation au Café Julien sur Marseille où on a fait un show-case avec la Fonky Family. Ensuite, les invitations sur les projets... Jusqu'au jour de L'Ecole du Micro D'Argent, où ils nous ont invité dans leur studio, à Colombes, un peu avant que l'album soit terminé. Ils nous ont fait écouter leur projet, on leur a fait écouter nos maquettes... Après, ils ont fait une petite pause, ils sont partis à New-York. Ils ont changé pas mal de trucs de leur album, pour après revenir et livrer L'Ecole du Micro D'Argent.

On a eu la chance d'être entré dans leur sillage parce que, souvent, sur les plateaux télé, ils nous citaient en tant que groupe de référence ou groupe du moment. Donc je pense que ça nous a fait le plus grand bien et puis ça a été en même temps une belle rencontre.

 

 

D : Tu as encore des contacts ?

 

Cassidy : Akhenaton, c'est plus par parcimonie. Parfois, on se croise donc on prend le temps de parler mais ça fait longtemps qu'on ne s'est pas eu au téléphone, si ce n'est pour charrier par rapport au foot. D'ailleurs, je vais l'appeler cette année vu qu'on a une bonne équipe, je vais en profiter. Le Rat Luciano, je l'ai vu l'année dernière. DJ Djel, je le vois toujours... Donc, ouais, on a gardé le contact avec les mecs de Marseille. Ca a été vraiment un coup de coeur, c'était notre west side... Tu sais, on descendait dans le sud, il faisait beau, ça rappait... Bêtes de rencontres.

 

 

D : Vu la réussite du morceau Justifiable, on se dit qu'une association X.Men/Kheops aurait pu marcher...

 

Cassidy : C'est vrai mais, à l'époque, on n'y a même pas pensé à long terme parce qu'on bossait avec Time Bomb. Ca veut dire que nos producteurs, en terme de beatmakers, c'étaient Mars, Geraldo et Kessey. Pour le projet Sad Hill, il s'avère que c'est Kheops qui faisait tous les instrus et c'est vrai que l'alchimie a vraiment bien prise. Il me semble même qu'Ill avait posé un deuxième morceau pour un autre volume de Sad Hill. Donc ouais, c'était une bête de collaboration. Après, c'est vrai que les évènements ont fait qu'on n'a pas pu pousser ça plus loin... Comme on fait maintenant, à faire des albums concept avec un beatmaker en particulier. Ce sont des choses qui auraient été possibles et qui, peut-être, le seront encore. Qui sait ? Tant qu'on est tous en vie, il y a moyen de faire les choses. Les portes ne sont pas fermées.

 

 

D : Il me semble que tu taffes avec un mec qui s'appelle Atto. Il doit sortir un album bientôt, apparemment. Tu l'as rencontré comment ?

 

Cassidy : Il m'a été présenté par un pote qu'on a en commun, un très bon ami à moi. Il m'a dit : 'Voilà, écoute ce qu'il fait, ça va t'intéresser, le mec a de bonnes idées et est plutôt novateur dans son délire". Ca a été un coup de coeur. Là, l'album est en chantier, quasiment terminé mais lui est parti sur Londres pour diverses affaires et aussi développer sa musique. C'est un projet qui est pour l'instant en stand-by, qui ne va pas sortir tout de suite. Là, pour l'instant, il y a dix morceaux et, honnêtement, il y a de grosses patates. Avec de belles collaborations qui sortent un petit peu du milieu classique du hip-hop. A savoir Benjamin Diamond, le mec de Stardust, qui bosse en electro. Avec aussi les Clone X, des mecs du XXe qui sont un peu dans une ambiance dubstep.

Donc voilà, c'est un univers assez différent du mien mais qui reste malgré tout proche parce que ce mec là, il ne se ment pas. Dans le sens où il fait la musique qu'il aime, il invite les personnes avec qui il a des affinités, sans se soucier de ce qui devrait marcher ou pas. Et il s'avère que ce qu'il a choisi est plutôt un bon créneau, tout ce qui est bad dubstep, ambiance Tinie Tempah... Dans l'ambiance londonienne. D'ailleurs, on avait fait un concert là-bas qui s'était super bien passé, il y a quelques années.

 

 

D : Tu as idée dans l'avenir de "chaperonner" des mecs plus jeunes ?

 

Cassidy : Pour moi, je pense que c'est une vocation parce que, dans nos projets, j'ai toujours fait en sorte de mettre des gens pas forcément connus. Et je pense qu'en effet, le but de la structure à terme, c'est de pouvoir produire des gens en qui je crois. Ce sera pas forcément du hip-hop pur et dur, tant que ce sera de la musique que moi j'apprécie... Aussi bien production sonore qu'audiovisuelle. Tout ce qui touche au visuel, au cinéma, c'est vraiment un milieu qui m'attire beaucoup. Ne serait-ce qu'en terme de scénario, d'idées...

 

 

D : Tu as fait un morceau avec un beat un peu ragga, GOD, montrant que tes influences musicales dépassaient le rap...

 

Cassidy : Si on n'était pas en France, avec tous les préjugés qu'il peut y avoir dès que tu sors un peu de ton truc, je pense que le champ musical y gagnerait. GOD, c'était tout simplement pour dire que j'aime cette musique. J'aime le ragga, j'en ai écouté. Je ne suis pas un raggaman pour un sou mais, en tout cas, j'ai essayé de respecter la musique en faisant quelque chose de carré et cohérent. Après, je sais qu'il y a des gens qui ont été perturbés et qui se sont demandés ce que je faisais. Mais à la limite, je m'en tape parce que, moi, ça m'a fait plaisir et j'ai kiffé.

 

 

D : Plaisir perso avant tout.

 

Cassidy : Plaisir perso avant tout parce que le jour où je ferai la musique que pour faire plaisir aux gens, il y a un truc qui sera cassé. Voilà, ça a plus ou moins pris mais je suis très content d'avoir fait ce morceau. D'autant que je prépare un remix. Parce qu'on m'a longtemps dit : "Bah dans ce cas-là, invite un mec de ce milieu-là, fais un vrai truc". Du coup, ça a tourné, ça a tourné... J'espère pouvoir balancer un truc assez rapidement.

 

 

D : Tu sais ce que devient Diable Rouge ?

 

Cassidy : Diable Rouge, il a eu des petits soucis... Il a fait du ballon pendant un petit moment, ça l'a un peu coupé. La dernière fois qu'on s'était vu, il avait à coeur de refaire des trucs mais je n'ai plus eu de ses nouvelles depuis... D'ailleurs, grosse dédicace à lui. S'il tombe sur le blog, qu'il donne de ses nouvelles, ça ferait plaisir.

 

 

D : Tu évoques souvent un possible retour des X... Est-ce que tu peux nous dire si, à moyen terme, il y aura vraiment un projet des X.Men ?

 

Cassidy : Il n'y aura pas d'album X.Men avant que je n'ai sorti le mien et, je pense, lui le sien. Je pense pouvoir être optimiste dans le sens où je monte aussi ma structure en pensant justement à l'album X.Men. Parce qu'on se connait, on sait qu'on a une manière de fonctionner qui est assez particulière et qu'on ne sera jamais mieux servi que par nous-même. D'où l'importance d'une structure pour pouvoir tout controler. Et, voilà, je pense qu'une fois que la structure sera montée et mon album solo lancé, tout peut arriver, vraiment. Ca peut aller très vite comme ça peut prendre du temps ou ne jamais se faire. Je ne veux pas m'avancer, donner de dates... Mais, en tout cas, c'est plutôt en bonne voie.

 

 

D : Tu penses que Ill a vraiment un projet solo en tête ?

 

Cassidy : Bah ouais parce qu'à chaque fois qu'on se voit, il passe son temps à me dire qu'il est sur son projet, qu'il bosse dessus. Honnêtement, il a à coeur de faire un bon album et c'est quelqu'un d'assez perfectionniste, c'est pour ça que ça prend du temps. Je ne me fais pas trop de soucis quant à la qualité mais c'est vrai qu'il ne faut pas que le temps passe trop non plus...

 

 

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D : Pour en revenir à ton album, est-ce qu'il tournera autour d'un concept particulier ?

 

Cassidy : Si je livre un premier album, c'est vraiment parce qu'un concept m'est venu. Je ne voulais pas juste superposer des morceaux. C'est un concept qui se tient du début à la fin, de par le thème. Je ne veux pas trop en dévoiler pour ne pas gâcher cette surprise, je veux amener le truc petit à petit. Mais, voilà, tout ce temps-là est pris parce que, vraiment, je suis sur un truc ambitieux. Je suis entouré de personnes qui m'aident à ça. Pour donner des pistes aux gens, ce sera très cinématographique. Ce sera aussi visuel que sonore. 

 

 

D : Tu peux nous en dire un peu plus sur les featurings ?

 

Cassidy : Il y a 2/3 feat de confirmés, qui font partie de l'écurie Time Bomb. Les gens réfléchiront à qui ça peut être. Je n'en dirai pas plus pour l'instant mais c'est en très bonne voie et, même si ça prend du temps, je suis très satisfait de ce qui a été fait pour l'instant.  

 

 

D : Est-ce qu'il y aura aussi de nouvelles têtes ?

 

Cassidy : Très probablement. En fait, tout ce qui est des feat, j'ai ma liste fixe. J'ai aussi de la marge pour ce qui peut se passer entre maintenant et l'enregistrement. Il y aura un américain, sûr. Une nouvelle tête française aussi, sûrement. 

 

 

D : Au niveau des prods, tu as fait appel à différents beatmakers ?

 

Cassidy : Là où le concept se tient, c'est que la quasi-totalité des beats sont fait par une personne. C'est une volonté, un choix pour qu'il y ait une cohérence. J'ai fait appel à 2/3 autres beatmakers pour rajouter des touches différentes. Mais du début à la fin, la quasi-totalité de l'album sera géré par un beatmaker.

 

 

D : On peut avoir son nom ?

 

Cassidy : Ouais, Beuss Bengal. Il est sur pas mal de projets qui sont à venir ou même déjà sortis. Là, il bosse notamment avec Swift Guad. Il a bossé avec quelques Américains... Pour moi, c'est un mec... demain, je le signe dans mon label. Il est hypra talentueux. Quand je dis que la musique, c'est sa vie, c'est au sens propre. Le mec se lève le matin, il fait du son. Il se couche, il a fait ses 3/4 beats. Et il est très ouvert en terme de musique, c'est ce qui me plaît.

 

 

D : Je te laisse le mot de la fin.

 

Cassidy : Restez connectés, je sais que ça fait longtemps que vous attendez ce putain d'album mais il arrive et vous ne serez pas déçus. 

 

 

 

 

Un grand merci à Daphné et Cassidy pour leur disponibilité.

Interview réalisée et retranscrite par Diamantaire.

 

Photos : Damien Paillard (photo 1), Claude Desire (photos 2, 3, 4, 5)    

 

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Diamantaire Diamantaire - dans Interviews X.Men
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